Description
Au début des années 80, Edmond Mondésir, professeur de philosophie et Léon Bertide, syndicaliste, fondent le groupe Bèlènou. Ils furent acteurs de la grande grève agricole de 1974, qui entraîna la mort de deux ouvriers (Ilmany et Marie-Louise) et fit de nombreux blessés.
Militants du mouvement patriotique Asé Pléré An Nou Lité (Arrêtez de pleurer, battez-vous), ils participent à la revendication identitaire et culturelle de l’époque. À l’instar du musicien guadeloupéen Gérard Lockel et de son travail sur le Gwo Ka, ils remettent le Bèlè, dans sa forme traditionnelle, à l’honneur lors des Swaré Bèlè (nuits Bèlè).
Minimaliste et spirituel, véritable art ancestral rural martiniquais, le Bèlè allie danse et musique issues des monodies responsoriales, un chœur qui répond au chanteur principal (Respondè / La vwa dèyè), sur des rythmes de tambour codifiés et du ti-bwa (deux baguettes qui frappent le fond du tambour ou un morceau de bambou).
Il se décline en une série de chorégraphies collectives, allant jusqu’à la transe. Les textes sont simples, courts et racontent le quotidien et les luttes. Tout en préservant l’émotion et la place centrale du tambour, l’apport fondamental de Bèlènou est de conserver la forme traditionnelle du Bèlè tout en y ajoutant une instrumentation moderne : basse, guitare, saxophone, batterie… Emosyon Tambou-a (Émotion du Tambour) est sorti en 1990.
Ce troisième opus du groupe élargit le spectre musical en harmonies, arrangements et influences pour créer une musique contemporaine ancrée dans la matrice Bèlè, tout en conservant le rythme, l’énergie et les racines ancestrales de la musique. Bèlènou adapte des rythmes classiques : Bélya, Gran Bèlè, Bèlè Pitjé ou Ting-Bang, réécrits ici pour orchestre.
Avec l’apparition de longs couplets et une harmonisation complexe des refrains, la musique de Bèlènou apporte une forme de modernité, s’ouvrant notamment au territoire du jazz ainsi qu’à d’autres formes de musique et de grooves. Bèlènou laisse également aux musiciens un espace d’improvisation : non seulement au saxophone ou à la guitare, mais aussi à la batterie (adaptant astucieusement les rythmes traditionnels aux percussions).
Les textes chantés en créole sont à caractère social, faisant appel à la solidarité et à l’abnégation du peuple (Bélya pou péyi-a, Tout pèp-la sanblé), à la lutte pour l’émancipation politique vers une nouvelle démocratie (Wi ny ké rivé, Ni dé jou, Démokrasi) ; à la protection du territoire (Sové tea-a) ; enfin, à la vitalité de la culture bèlè… (Emosyon Tambou-a, Dansé Ting-Bang)…
La culture participe, selon l’expression d’Aimé Césaire, comme des « armes miraculeuses ». Bèlènou chante un projet de société nouvelle et solidaire. Aujourd’hui encore, Edmond Mondésir poursuit sa recherche artistique en perpétuant et en modernisant la tradition. La version électro-acoustique Emosyon bèlè (sortie avec son fils Manuel) en 2011 ainsi que le projet Moman Mzik Bèlè sorti en 2016 en sont de parfaits exemples. Groupe précurseur, expérimental à ses débuts, Bèlènou concilie avec talent tradition, modernité et identité culturelle.




