Description
Audimat #25
New Jack’ 87 – Nelson George
Cela faisait longtemps que l’on voulait traduire le résident de Brooklyn et critique musical Nelson George dans Audimat. S’il est assez méconnu par chez nous, il a marqué le monde des musiques pop aux États-Unis en tant que critique pour le magazine de l’industrie musicale Billboard, auteur de nombreux ouvrages, dont The Death of Rhythm & Blues (1998) et Hip-Hop America (2005), mais aussi acteur à part entière des mondes de l’entertainment et de la culture, en produisant Spike Lee, les Hip Hop Honors (sur la chaîne VH1), la série American Gangster (sur BET), et de nombreux documentaires. Il est aussi connu pour avoir popularisé l’expression « post-soul », dans un article du Village Voice de 1992 — une manière de rendre compte des évolutions et de la multiplicité des identités noires aux États-Unis après le mouvement pour les droits civiques, puis lors des années Reagan, quand des artistes noirs se sont visiblement éloignés des références à la spiritualité et au progressisme. Nelson George n’est donc pas seulement un critique culturel, il est aussi une sorte de chroniqueur social. Il n’en documente pas moins avec passion et précision les évolutions de la musique. Nous en appelons donc à lui aujourd’hui pour mieux saisir le tournant essentiel qu’a représenté le style New Jack Swing — un rapprochement entre rap, R&B et funk et l’un des multiples points de départ d’une logique de crossover aujourd’hui à l’oeuvre dans le fourre-tout des « musiques urbaines ».
Sad Girlz – Clothilde Zamponi-du Mur
Plonger dans la newsletter de Clothilde Zamponi-du Mur, aka Legit Girl DJ, c’est rencontrer une version virtuose d’un journal de fan, capable de disséquer les indices obscurs des clips de Mylène Farmer, de classer les meilleurs leaks de Lana Del Rey ou de se lancer dans une exégèse des leçons de vie égrenées par Madonna. Nous lui avons donc demandé d’écrire sur la figure de la sad girl dans la pop. Quand on a commencé à échanger avec elle, on ne se doutait pas que ses playlist contenaient déjà des dizaines de chansons 100 % en accord avec ce thème. Suivre à ses côtés près de deux décennies de girl culture en musique, c’est mesurer toutes les ambiguïtés de cette figure et des expériences auxquelles elle renvoie, entre conscientisation du sexisme et romantisation de la souffrance.
Fête, Travail, Vertu – Noé Béal
Noé Béal, réalisateur de documentaires vivant à Bruxelles, avait déjà écrit pour nous sur les chants des stades. Ce nouvel article cherche à dénouer la forme particulière qu’ont pris les événements de musiques électroniques en Belgique : paradoxalement, on peut lire avec lui une continuité entre les méga-discothèques du phénomène New Beat et les festivals plus edgy de la dernière décennie, dans la mise en avant de valeurs progressistes — hier la liberté, aujourd’hui l’inclusivité. Et ce qui ne semble pas vouloir changer, d’un espace et d’une période à l’autre, c’est le genre de dissonance qui les accompagne. Ses constats s’inscrivent dans une nécessité plus globale de compréhension matérialiste de nos scènes, telles qu’on a pu commencer à la développer dans Audimat avec des articles sur la « festivalisation » de Montréal, les logiques de normalisation et de financiarisation propres à la business techno, ou la manière dont les intérêts des professionnels de la fête ont écrasé la précarité des travailleur·euses « de base » pendant le COVID.
Cyberpunk versus cybergoth- Emma Fitzgibbon
Quelle crise voulons-nous ? Tel pourrait être le sous-titre de cet essai d’Emma Fitzgibbon, chercheuse en philosophie pétrie de la prose du CCRU et spécialiste des scènes techno / gothique / indus. Contre les fantasmes rétrospectifs qui font des années 1990 / début 2000 une période pré-commercialisation des scènes raves et d’ouverture au futur, elle nous invite à y retrouver certains conflits et angoisses apocalyptiques réactivés aujourd’hui, y compris sous le mode du pastiche. Son texte nous permet de recontextualiser l’engouement actuel pour les scènes hard dance, mais il vient aussi troubler l’opposition facile entre les qualités d’une politique musicale activiste (du côté du label Digital Hardcore Recordings), et la soi-disant démission d’une post-politique doomer (du côté des scènes cybergoth). L’héroïsme insurrectionnel a ses limites, et les climats apocalyptiques sont parfois moins décontextualisés qu’on ne le pense.
142 pages
11 x 17,5 cm
Français
2026



