EVARISTE
IL NE PENSE QU’A CA
LP

19,00

Born Bad continue d’explorer les sixties françaises et de rééditer des trésors. C’est au tour de Evariste repré sur les compilations Wizzz d’etre publié dans une édition vinyle avec un livret passionnant comme toujours et abondamment illustré.

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Description

BIO :

Évariste fait partie de ces rares musiciens à être également scientifiques : à ses côtés siègent le polytechnicien Pierre Schaeffer (ingénieur et père de la musique concrète) et le farfelu Boby Lapointe (sorti de l’École centrale et inventeur du système Bibi-binaire breveté en 1968).
La chanson énergique et joyeuse (bien qu’extrêmement critique) d’Évariste dissimule une tragédie première. En effet, né en 1943 dans un milieu de résistants, Joël Sternheimer (alias Évariste) grandit sans son père, mort à Auschwitz.
Bien que le chanteur semble faire peu d’allusions à la culture juive dans ses morceaux, celle-ci a bien eu une influence : il interprètera d’ailleurs une chanson en hébreu pour la télévision en 1974.

Si, en 1966, le jeune Joël arbore un pull aux couleurs de l’université de Princeton, c’est parce qu’il en revient tout juste. Envoyé là-bas pour poursuivre ses recherches sur « la masse des particules, l’interprétation des régularités qu’on y observe comme les conséquences d’une onde » (comprendra qui peut), il arrive aux États-Unis en pleine guerre du Viêt-Nam. À l’époque, McNamara cherche une alternative à l’arme nucléaire et sollicite les brillants cerveaux du pays pour s’atteler à la tâche. S’opère alors une « réorientation de crédits » au sein de l’université, formule diplomatique signifiant que ceux qui ne veulent pas marcher dans les combines du gouvernement sont priés de disposer. Joël est sous la tutelle d’un physicien rebelle et se voit donc remercié. L’étudiant continue quand même de suivre les prestigieux séminaires de l’Institute for Advanced Study, tenus par Oppenheimer, le créateur de la bombe atomique.

Sans doute galvanisé par le mouvement et la musique hippie, Joël s’achète une guitare et se plante dans Washington Square, se disant qu’après tout, Bob Dylan lui-même a débuté là-bas. Il sèche allègrement Oppenheimer et reçoit un accueil chaleureux (quoi qu’étonné) de la part d’une foule qui ne pipe pas un mot de Français. Un jour que le vieux physicien vient l’interroger sur ses absences répétées, il explique à son professeur à quel point la musique l’attire, mais surtout qu’il y voit un moyen de se faire un peu d’argent pour financer ses recherches de manière autonome. Évariste confie avoir vu cet homme malade, au visage ravagé par le remord d’Hiroshima, s’éclairer à ses propos et s’écrier « Oh ! Mais allez-y enfin, foncez ! Si j’étais jeune, c’est absolument ce que je ferais. » L’étudiant reçoit ces mots comme un testament. Des mots qui achèvent de le convaincre. Il sautera le pas lors des vacances de Noël à Paris.

Un ami journaliste qu’Évariste croise souvent dans le quartier de la Sorbonne l’introduit auprès du Directeur Artistique des Disques AZ. Ce dernier passe les bandes au patron du label, Lucien Morisse, qui est aussi directeur des programmes sur Europe N°1. Morisse crie au génie… et signe le chanteur illico ! Michel Colombier, arrangeur de Serge Gainsbourg et co-auteur avec Pierre Henry de « Psyché Rock », apporte ses idées originales au 45t « E=mc2 » : pour le son de percussion qui revient dans « Le calcul intégral », la préocupation d’Évariste est que ça fasse « poum poum » et pas « tac tac ». Colombier, conscient du problème, enregistre la guitare d’Evariste en l’utilisant comme percussion dans une cabine isolée. On trouve également sur le disque l’organiste Eddy Louis qui participera en 1969 à la réussite du « Paris mai » de Claude Nougaro. Nous sommes en 1966 et le phénomène Antoine (qui, lui, a signé chez Vogue) sévit dans tout l’Hexagone. Les chanteurs présentent des profils proches : Antoine est ingénieur de l’École centrale et doué d’une grande originalité dans ses textes. Du pain béni pour les deux maisons de disques qui y voient d’emblée une stratégie commerciale. Elles les montrent en rivaux, mais Évariste se défend encore aujourd’hui de ces commérages de journaux pour midinettes. Évariste connaît vite le succès et embraye sur un deuxième 45 tours en 1967, « Wo I nee » arrangé également par Michel Colombier. Les fanas de mécanique quantique ont enfin leur hymne : « La Chasse Au Boson Intermédiaire ». Pour résumer ce qu’est un boson, disons qu’il est ami du méson, photon et autre gluon.
Quelques mois plus tard, Mai 68 explose. Tout est bouleversé.

Évariste écrit une série de chansons d’inspiration engagée et court les soumettre à Lucien Morisse. Quand l’homme qui avait créé Salut Les Copains et épousé Dalida entend la chanson « La révolution », sous forme de dialogue entre un père et son fils, il se décompose. La maison AZ ne peut pas sortir ça, c’est impossible. À ce moment précis, Lucien Morisse va commettre un geste historique dans l’histoire de la musique en France. Navré de ne pouvoir suivre officiellement son chanteur sur ce coup, il l’invite à produire son disque tout seul, mais avec son soutien tacite. Il appelle l’usine de pressage de disques et leur demande de pratiquer les mêmes tarifs pour Évariste que ceux en vigueur pour AZ. Le chanteur et ses musiciens disposent du même studio que pour le disque précédent, chacun jouant gratuitement en attendant le retour sur investissement.

Évariste continue de chanter à la Sorbonne, avec « la bande à Jussieu » dans laquelle traine « le jeune Renaud, le p’tit gavroche » comme il le surnomme. Renaud se porte volontaire pour taper à la machine le texte de la chanson « La révolution » afin que les choeurs puissent la chanter et l’enregistrer. Un gars de la bande est parent de Wolinski, il les présente. Les deux s’entendent comme pancarte et slogan, si bien que Wolinski dessine gratuitement la pochette du disque « La révolution ».
Le 45T autoproduit « La révolution / La faute à Nanterre » se vend sous le manteau, par colportage, 2 fois moins cher qu’un disque ordinaire, boulevard Saint-Michel et alentours. Il s’écoule très vite. Au final, il y aura 6 tirages du disque et 25000 exemplaires vendus.

Quand le réalisateur Claude Confortès décide d’adapter la série de dessins de Wolinski intitulée « Je ne veux pas mourir idiot », il propose à Évariste d’écrire la bande originale. Son copain, désormais dessinateur dans Hara-Kiri Hebdo, lui fera souvent de la pub en vertu du principe de « spécial copinage » auquel il tient. Dominique Grange (« Nous sommes les nouveaux partisans ») rejoindra la troupe. Au bout de 150 représentations, Évariste cédera sa place à Dominique Maurin (le frère de Patrick Dewaere).
Évariste écrira les chansons de la pièce suivante de Claude Confortes « Je ne pense qu’à ça », co-écrite avec WolInski, en 1969. Les comédiens de la pièce enregistrent les chansons sur un 45t de nouveau illustré par Wolinski.

En 1971, le documentaire « Évariste et les 7 dimensions » est produit mais non diffusé par la télévision française. En effet le sous-comité scientifique du comité des programmes (sic) censure l’émission : « Evariste a dangereusement mêlé la science à la science-fiction, à l’astrologie, à la numérologie et autres disciplines non scientifiques ». Mais peut-être s’agit-il d’un prétexte pour censurer les propos engagés du chanteur mathématicien. Évariste y parle notamment de hiérarchie, d’aliénation et de révolution. Si un demi-siècle plus tard, le documentaire reste toujours invisible, on a toutefois pu en voir quelques extraits en 1992 dans le numéro du magazine culte de Canal +, « L’oeil du cyclone ».
Bien que florissante, la carrière d’Évariste touche à sa fin. 1970 inaugure la décennie au cours de laquelle il va faire une découverte déterminante dans le domaine de la science et de la musique. Suite à ça, il se détournera de l’univers de la musique autogérée et des revues gaucho pour se focaliser sur la science. Gardant en tête les encouragements d’Oppenheimer, il peut désormais poursuivre ses recherches en toute indépendance, grâce aux recettes de ses disques.

Joël réalise en effet qu’en décodant les séquences des protéines, on découvre des séquences musicales reconnaissables par l’homme. Il les dénomme protéodies. Si l’homme, à l’écoute d’une protéodie, y est sensible au point de la trouver belle, cela signifie qu’il est en carence de la protéine correspondante. Cette musique très singulière pourrait alors le soigner. On peut retracer l’histoire de la musique à la lumière des protéines en déficit chez tel ou tel artiste, ou sur une majorité du public. Vous avez toujours cru que les groupies hystériques, qui jettent leurs culottes avec passion et s’évanouissent dans la fosse, étaient apparues subitement parce qu’on avait jamais rien vu d’aussi beau que les Beatles ? Faux ! Pour Évariste, tout est affaire d’intro protéinée. Le début de leur premier tube «Love Me Do» correspond à la dopamine, soit le neurotransmetteur qui pousse à l’achat compulsif. Une intro pareille ne pouvait que déchainer les chignons des groupies, victimes de la mode et de la biologie. Il a si bien vendu que ses revenus de musicien lui apportent longtemps l’autonomie financière à laquelle il aspirait déjà quand il se confiait à Oppenheimer. Le scientifique a pu ainsi exercer ses recherches sans aucune contrainte institutionnelle. Il se consacre désormais à ses protéodies, installé dans les bureaux de l’Université Européenne de la Recherche, qui siège à deux pas de la Sorbonne qu’il a si bien connue. Évariste n’est plus. Joël a repris le contrôle de cette bête étrange et drolatique.

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