Description
BIO :
Fred Pallem est un esthète. Ce n’est pas parce que sa musique est pleine de fantaisie qu’elle est nécessairement foutraque, ni, sous prétexte qu’elle ne cache pas son hédonisme, qu’il faut la juger superficielle. Tout au contraire. La folie est chez lui domptée par la plume et l’exultation que provoque son écriture orchestrée précisément pour faire mouche.
On ne doute pas que les partitions qu’il livre à ses musiciens soient limpides et qu’il sache, dès le premier accord, où son inspiration doit le mener. Riche d’imagination, habile dans ses effets, maitrisé dans son récit, le talent de Pallem est bien celui d’un conteur à la verve homérique — passé par Hollywood, les séries Z et les studios de Phil Spector.
Chez Pallem, le compositeur, le chef d’orchestre, le producteur et le réalisateur d’album ne font qu’un, tous focalisés sur une vision précise de la musique, aiguisée par une longue pratique de l’orchestre — vingt ans, déjà une odyssée en soi — qu’il sait parfaitement mettre en œuvre. Chaque note a un sens, chaque instrumentiste est une couleur sur la palette, chaque solo ne vaut que par l’élément dramatique qu’il apporte et chaque idée s’incarne dans une mise en son, avec une intention précise.
En cela, le titre de ce disque n’est pas usurpé, tant on peut avoir le sentiment au fil de cette « Odyssée », que son auteur agit comme une sorte de démiurge qui, de la première à la dernière note, édifie ses propres mythologies et nous embarque, nous auditeurs ulysséens, pris dans les remous épiques de sa traversée sonore.
Convoquant les mânes de tous ceux qui l’ont inspiré, Fred Pallem signe ainsi avec « L’Odyssée » une série de pièces aux accents épiques, maniant avec brio les effets dramatiques et les atmosphères équivoques. Ici des cuivres rutilants contrastent avec la tension des violons, là le groove d’une basse énervée entre en lutte contre des cordes menaçantes, Ornette Coleman s’infiltre dans l’univers d’Ennio Morricone, Bernard Hermann se mêle aux couleurs saturées du Miles électrique, Lalo Schifrin fait la noce avec Fela, l’ombre de Creed Taylor plane sur le moiré des cordes, le Memphis Sound cohabite avec John Barry…
Nombreuses sont les réminiscences à venir à l’oreille, dans cet univers qui use avec bonheur de ses références sans tomber dans le pastiche. On ne révèlera pas ici tous les échos autobiographiques que recèle en creux ce répertoire, dont l’habituelle facétie ne se départit jamais d’une part de mélancolie, quand la plume prompte aux éclats brillants s’aventure dans des zones plus sombres, aux teintes angoissantes ou funèbres. Fred Pallem comme tous les esthètes cache soigneusement son jeu.




