Description
En 1975, Waldron vivait depuis dix ans en exil volontaire loin des États-Unis. Musicien transformé, il avait reconstruit son style en Europe et au Japon après une dépression dévastatrice au début des années 60. Sa production post-1969 avait réduit le jazz à ses éléments essentiels : intensité modale, rythmes implacables et répétition hypnotique.
Candy Girl ne rompt pas avec cette trajectoire, mais la prolonge, enveloppant les mantras minimalistes de Waldron dans la structure funk explosive de la section rythmique de Lafayette. Initialement paru en quantités infimes sur le label Calumet et longtemps resté confidentiel, Candy Girl a été enregistré spontanément dans le studio du producteur français Pierre Jaubert, dont le QG parisien était devenu un véritable laboratoire pour le jazz d’avant-garde (Archie Shepp, Art Ensemble of Chicago, Steve Lacy) et le funk psychédélique (Lafayette Afro Rock Band, alias Ice).
Sur cet album, Waldron improvise librement avec le bassiste Lafayette Hudson, le batteur Donny Donable et le claviériste Frank Abel, utilisant clavinet, Moog et autres instruments pour créer un funk instrumental brut et sans fioritures, teinté d’expérimentation. Parmi les morceaux phares, on retrouve le riff lancinant de « Home Again », le groove incisif et rythmé de « Red Match Box », et le tourbillon hypnotique du titre éponyme « Candy Girl », une valse au piano électrique en mineur aux accents soul cosmiques.
Les amateurs de vinyles rares trouveront même une perle rare : le morceau sombre et méditatif « Dedication to Brahms », où Waldron déconstruit la troisième symphonie du compositeur romantique en une rêverie jazz épurée. Contrairement à ses enregistrements plus léchés pour des labels japonais ou au swing avant-gardiste de ses premiers albums chez Prestige, « Candy Girl » sonne plus spontané, voire accidentel – et c’est là une partie de sa force.
C’est un document qui révèle Waldron en tant que chef d’orchestre, collaborateur et explorateur, capturé au cœur d’une scène musicale parisienne vibrante et interculturelle du milieu des années 70.
Jamais publié officiellement avec une pochette et quasiment jamais diffusé, Candy Girl est une rare convergence de deux traditions underground : le jazz électrique de Waldron, exilé en Europe, et le funk brut et futuriste, samplé, du Lafayette Afro Rock Band. Aujourd’hui enfin redécouvert, il le mérite amplement.
Tracklist:
A1. Home Again 05:20
A2. Red Match Box 09:35
B1. Bits And Things 09:05
B2. Dedication To Brahms 06:20
B3. Candy Girl 03:30






