Description
Les Montréalais de Suuns possèdent un trait rare dans la musique rock : la retenue. Ils l’utilisent comme un instrument, ce qui rend leur premier album complet ‘Zeroes QC’ aussi troublant que merveilleusement exaspérant.
Le rythme mécanique de la chanson avance comme des pas de fer, tandis que la mélodie d’un synthétiseur sifflant reflète le crépitement de vieux transistors et de circuits cuits au soleil.
C’est faussement lénifiant, la tension monte presque imperceptiblement jusqu’à ce que le morceau s’ouvre inopinément sur un barrage de riffs de guitare en piqué et de tambours fracassants – mais le groupe reste toujours fixé sur la direction linéaire de la chanson, vers l’avant.
Zeroes QC’ est une collusion chaleureuse mais sombre et propulsive de pop, de post-punk et de rock expérimental, qui permet au groupe de se métamorphoser musicalement sans perdre le sens de la tension et de l’inquiétude qui traverse l’album.
Sur des morceaux comme « Gaze », les guitares et la basse sonnent et bourdonnent sous la batterie métronomique et puissante de Liam, la voix froide et détachée de Ben agissant comme un contrepoids nerveux en délivrant des lignes faussement rassurantes telles que « Don’t you be yourself, you are someone else » (Ne sois pas toi-même, tu es quelqu’un d’autre).
Dans « Arena », les « What-choo, what-choo » rythmiques de Ben rappellent Alan Vega de Suicide, alors qu’il mène le groove death disco du groupe dans un bain de sang de guitares tranchantes, tandis que son chant glacial et feutré dans « Sweet Nothing » est presque aussi motorique que la chanson elle-même.
Le plus impressionnant, cependant, est la façon dont Suuns sculpte sans effort des chansons pop mémorables à partir de blocs de construction expérimentaux, utilisant fréquemment le bruit et l’espace comme de véritables accroches. Tout cela constitue un excellent premier album, aussi intemporel que passionnément moderne.




