Description
D’un seul coup, tout lui a semblé faux. Les Walker Brothers ?
Aucun lien de parenté entre Leurs coiffures, leurs fringues ? Pompées sur les Beatles et Stones. Les rois du Londres qui swingue ? Ils débarque de Los Angeles. Leurs hits ? Composés d’habiles faiseurs — pas par eux. Scott Walker nous le racontait : « Après 1966 la musique a été supplantée par les fêtes, l’adulation… Il fallait que je me sauve ».
Scott planque les Brothers et se planque dans un monastère. Pour cuver ? Non « Etudier le chant grégorien. Progrès gagner en assurance, pouvoir me produire seul. Le succès de mes trois premiers albums solo m’a encouragé. Mais avec ‘Scott 4’, les ennuis ont commencé ». Si « Scott 4 » est le premier de ses albums composé uniquement de chansons originales, c’est aussi le premier recalé des charts.
Pas la peine de chercher midi à quatorze heures quant aux raisons de ce flop : Scott ne fait ici aucun effort pour racoler les teenagers. L’ex-idole adolescentes veut prouver à 26 ans qu’il est un type sérieux, cultivé, ambitieux. Sur la pochette, une citation d’Albert Camus (une considération sur l’importance de l’art), l’auteur du disque signant de son vrai patronyme, Noël Scott Engel — l’album sera réédité, ce sera sous son nom de scène, « Scott Walker ». Pas question de se limiter à une instrumentation basique aidé par trois grands orchestrateurs (Peter Knight, responsable du « Nights White Satin » des Moody Blues), le baryton lâche les amarres, les potards dans le rouge du baroque, mélodramatique, grandiose.
Le disque, qui sort au même moment que « Monster Movie » (Can) et « An Electric Storm » (White Noise) sonne-t-il old school, limite ringard ? Non. Le côté Frank Sinatra est mode façon David Axelrod, voire Ennio Morricone. Il y a de la country en cinémascope, du funk mariachi, de la psyché, de l’ultra romantique (« Duchess » et un morceau de bravoure : « The Old Man’s Back Again (Dedicated To The Stalinist Régime) », avec chœurs spectraux et ligne de basse phénoménale.
Les paroles ? Le crooner fait rimer « bicycle bells » avec « Rembrandt swells », médite sur « Le Septième Sceau », parle de Staline, invoque les ténèbres, synthétise en trois minutes ses visions existentialistes… « Scott 4 », la pop entre dans l’âge adulte, pas seulement avec prétention, mais aussi : grandeur et flamboyance.
BENOIT SABATIER (ROCK&FOLK)




