Description
Adoubé par ses maîtres post-punk de Wire, qui produisent son premier EP Controversial Subject en 1980, et couvé par le manager de Soft Cell, Stevo Pearce, qui l’intègre à l’écurie de son label Some Bizzare Records, Matt Johnson signe finalement chez 4AD un premier album sous son propre nom, Burning Blue Soul (1981), sur lequel on identifie déjà ses penchants contradictoires pour la pop la plus accessible et les dissonances expérimentales. Il entame dès l’année suivante l’enregistrement vite interrompu d’un second LP qui demeure inédit à ce jour, The Pornography Of Despair. Si Soul Mining apparaît donc bien techniquement comme le premier album de The The, il ne s’agit pas tout à fait de l’œuvre d’un débutant.
Cela explique sans doute que ces sept titres enregistrés à New York à l’automne 1982 sous la houlette de Paul Hardiman – également producteur de Rattlesnakes (1984) de Lloyd Cole And The Commotions – se caractérisent par un troublant mélange de maturité et de naïveté sincère. L’impressionnante maîtrise des textures et des climats musicaux tout comme la diversité instrumentale contrastent ainsi avec certains commentaires critiques sur l’esprit du temps qui semblent parfois directement extraits du journal intime d’un jeune homme à peine sorti de l’adolescence, et qui se révèlent paradoxalement plus datés que la production elle-même. À tous les songwriters en herbe, on ne saurait trop déconseiller de s’inspirer de l’improbable refrain de The Sinking Feeling – “I’m just a symptom of the moral decay/That’s gnawing at the heart of the country” – sous peine de poursuites pour crime de lèse-poésie. À l’exception de ces détails de forme lyrique, l’ensemble conserve une grande homogénéité. Matt Johnson y trouve un équilibre entre les deux facettes en clair-obscur de ses disques futurs. D’un côté, un rock sombre, parfois même effrayant, qui s’accorde fort bien avec la noirceur apocalyptique et presque nihiliste de nombreux textes. Le morceau éponyme préfigure ainsi, près de dix ans avant Songs Of Faith And Devotion (1993), l’alliance entre le dépouillement du blues et l’hyper-modernité glaciale des sonorités synthétiques dont Depeche Mode explorera largement le filon.


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